Esclavages. Une statue pour mémoire
21 novembre 2009 - Le Telegramme
Le Quimpérois d'origine martiniquaise Max Relouzat lance une souscription populaire pour financer un projet de sculpture monumentale en hommage aux victimes de tous les esclavages. Le monument en acier, de 10m de haut, pourrait se dresser, dès 2011, sur la façade atlantique.
«N'oublie jamais, petit garçon, que nous avons acheté notre liberté!». Cette exhortation, en créole, de sa grand-mère martiniquaise résonne encore dans la tête de Max Relouzat. Il était alors enfant. Le Quimpérois d'origine antillaise va aujourd'hui sur ses 65 ans. Et mûrit, vissé au coeur depuis dix ans, un ambitieux projet de sculpture monumentale, «Mémoires», en hommage «aux victimes des esclavages d'hier et d'aujourd'hui». Il faut imaginer deux grands masques en acier se dressant le long de la façade atlantique. Dix mètres, 30 tonnes. De l'acier travaillé par le sculpteur Marc Morvan et scellé dans un socle de granit. Le monument pourrait être inauguré le10mai 2011. Dix ans après la loi du21mai 2001 sur la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité. Cinqans après un décret faisant du 10mai, un «jour des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions».
15.000€ pour lancer le projet
Le financement du projet repose sur une souscription publique, lancée le 12décembre. «Nous ne l'envisageons pas sans une adhésion populaire, exprime MaxRelouzat. C'est pourquoi nous proposons aux gens, aux écoles, mairies, associations, bibliothèques, entreprises... d'acquérir, pour100€, une estampe, sorte d'esquisse du projet, imprimée sur papier chiffon». Objectif: 150souscriptions au 1erjanvier. «Sans cette base de 15.000 €, nous ne lancerons pas la réalisation et rembourserons les souscripteurs. Si ça marche, nous conforterons le financement par la vente d'affiches (10 €)», poursuit-il. Où serait érigée cette création mémorielle? «Les souscripteurs émettront des propositions, puis nous lancerons un appel auprès de collectivités de la façade atlantique, en Bretagne ou ailleurs», décrit l'Antillais. Comment l'envisage-t-il? «Comme un lieu du souvenir, d'échanges pédagogiques, mais aussi de récréation où les gens viendraient jouer de la musique, chanter, enfin comme un lieu de solidarité et de fraternité», aspireMax Relouzat. Dans cette histoire-là, d'autres mots ont compté. Il faut remonter, là encore, aux années 1950, du côté de Chateauboeuf, à Fort-de-France, où le jeune Max se passionne déjà pour la sculpture. Le voilà sur le bord d'une rivière antillaise, travaillant une racine pour en faire un serpent. «J'ai 10 ans, je vois arriver un grand homme aux lunettes dorées». «C'est bien, continue sur ce chemin, car il te permettra de dire des choses», lui glisse le poète et fin politique Aimé Césaire (1913-2008), anticolonialiste et cofondateur du courant littéraire et politique de laNégritude.
L'influence de Césaire
«Cet encouragement, je ne l'ai jamais oublié. Plus tard, c'est en suivant ses conférences, au contact de ses proches que je me suis construit». MaxRelouzat s'est formé à l'ébénisterie. Il a aussi passé sa vie à s'impliquer (lire ci-contre). En ce moment à Quimper, le sculpteur autodidacte expose «Négritude», une sculpture en bois façonnée en hommage à Césaire. Après le message de la «gran-mè» et les conseils de Césaire, un livre a fini de convaincre Max de concrétiser son projet. La greffière quimpéroise Annick Le Douget y traite de l'émergence de la conscience abolitionniste en Basse-Bretagne. Mercredi, Max Relouzat recensait seize souscriptions réglées sur déjà 26 promesses. «Ça me fait chaud au coeur», sourit-il, quelques souvenirs en tête. Contact: 02.98.53.78.32.
Bruno Salaün
21 novembre 2009 - Le Telegramme
Le Quimpérois d'origine martiniquaise Max Relouzat lance une souscription populaire pour financer un projet de sculpture monumentale en hommage aux victimes de tous les esclavages. Le monument en acier, de 10m de haut, pourrait se dresser, dès 2011, sur la façade atlantique.
«N'oublie jamais, petit garçon, que nous avons acheté notre liberté!». Cette exhortation, en créole, de sa grand-mère martiniquaise résonne encore dans la tête de Max Relouzat. Il était alors enfant. Le Quimpérois d'origine antillaise va aujourd'hui sur ses 65 ans. Et mûrit, vissé au coeur depuis dix ans, un ambitieux projet de sculpture monumentale, «Mémoires», en hommage «aux victimes des esclavages d'hier et d'aujourd'hui». Il faut imaginer deux grands masques en acier se dressant le long de la façade atlantique. Dix mètres, 30 tonnes. De l'acier travaillé par le sculpteur Marc Morvan et scellé dans un socle de granit. Le monument pourrait être inauguré le10mai 2011. Dix ans après la loi du21mai 2001 sur la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité. Cinqans après un décret faisant du 10mai, un «jour des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions».
15.000€ pour lancer le projet
Le financement du projet repose sur une souscription publique, lancée le 12décembre. «Nous ne l'envisageons pas sans une adhésion populaire, exprime MaxRelouzat. C'est pourquoi nous proposons aux gens, aux écoles, mairies, associations, bibliothèques, entreprises... d'acquérir, pour100€, une estampe, sorte d'esquisse du projet, imprimée sur papier chiffon». Objectif: 150souscriptions au 1erjanvier. «Sans cette base de 15.000 €, nous ne lancerons pas la réalisation et rembourserons les souscripteurs. Si ça marche, nous conforterons le financement par la vente d'affiches (10 €)», poursuit-il. Où serait érigée cette création mémorielle? «Les souscripteurs émettront des propositions, puis nous lancerons un appel auprès de collectivités de la façade atlantique, en Bretagne ou ailleurs», décrit l'Antillais. Comment l'envisage-t-il? «Comme un lieu du souvenir, d'échanges pédagogiques, mais aussi de récréation où les gens viendraient jouer de la musique, chanter, enfin comme un lieu de solidarité et de fraternité», aspireMax Relouzat. Dans cette histoire-là, d'autres mots ont compté. Il faut remonter, là encore, aux années 1950, du côté de Chateauboeuf, à Fort-de-France, où le jeune Max se passionne déjà pour la sculpture. Le voilà sur le bord d'une rivière antillaise, travaillant une racine pour en faire un serpent. «J'ai 10 ans, je vois arriver un grand homme aux lunettes dorées». «C'est bien, continue sur ce chemin, car il te permettra de dire des choses», lui glisse le poète et fin politique Aimé Césaire (1913-2008), anticolonialiste et cofondateur du courant littéraire et politique de laNégritude.
L'influence de Césaire
«Cet encouragement, je ne l'ai jamais oublié. Plus tard, c'est en suivant ses conférences, au contact de ses proches que je me suis construit». MaxRelouzat s'est formé à l'ébénisterie. Il a aussi passé sa vie à s'impliquer (lire ci-contre). En ce moment à Quimper, le sculpteur autodidacte expose «Négritude», une sculpture en bois façonnée en hommage à Césaire. Après le message de la «gran-mè» et les conseils de Césaire, un livre a fini de convaincre Max de concrétiser son projet. La greffière quimpéroise Annick Le Douget y traite de l'émergence de la conscience abolitionniste en Basse-Bretagne. Mercredi, Max Relouzat recensait seize souscriptions réglées sur déjà 26 promesses. «Ça me fait chaud au coeur», sourit-il, quelques souvenirs en tête. Contact: 02.98.53.78.32.
Bruno Salaün





